Il y a 600 personnes à Lyon qui n’ont pas de logement personnel

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La trêve hivernale s’est terminée le 31 mars et les explosions locatives peuvent reprendre à compter du 1er avril. À cette occasion, nous avons échangé avec Sandrine Runel, l’adjointe de la Ville de Lyon déléguée aux solidarités et à l’inclusion sociale qui a fait le point sur le sans abrisme entre Rhône et Saône.

En cette fin de trêve hivernale, pouvez-vous faire un point sur la situation du sans abrisme à Lyon ?

Il y a un phénomène de sans abrisme qui est assez important dans toutes les grandes métropoles, et Lyon n’y échappe pas. On sait que ça fait deux ans que la situation se précarise beaucoup. Il y a énormément d’efforts qui avaient été faits, notamment par les services de l’État, dans le cadre des premiers confinements, avec beaucoup de mises à l’abri, des chambres d’hôtel qui avaient été mobilisées pour que l’épidémie ne se répande pas. On avait fait en sorte que le plus de personnes possibles soient prises en charge. Aujourd’hui ces places-là ont fermé et on se retrouve avec des personnes qui n’ont pas pu rebondir, ni sur de l’hébergement, ni sur du logement et qui se retrouvent à la rue. Depuis l’année dernière et le 2e confinement, on a eu pas mal de campements qui avaient émergé vers Noël 2020-janvier 2021 et on voit que sur Lyon, il y a plus de personnes à la rue. Ce sentiment correspond aux chiffres qu’on a pu recenser à la fois à travers nos maraudes et à la fois à l’occasion de la Nuit de la solidarité qui a eu lieu le 20 janvier 2022. 

Et quels sont ces chiffres ?

Ils concernaient uniquement les personnes à la rue, pas les personnes qui sont dans des squats ou hébergées chez des tiers. On était à plus de 200 personnes sur Lyon intra-muros et avec le nombre de personnes que l’on connait, que l’on suit lors des maraudes du Samu social ou du CCAS, qui sont dans des squats, on arrive aux alentours de 600 personnes. Donc on sait qu’il y a 600 personnes à Lyon, qui n’ont pas de logement personnel, qui vivent dans des voitures, des squats, des campements, des abris de fortune. C’était important pour nous d’avoir ce chiffre et de pouvoir le partager avec les services de l’État. 

Comment se passe votre collaboration avec les services de l’État et avec les autres institutions ? 

Ça se passe très bien avec les services de l’État, on a une bonne collaboration sur ce sujet. On a signé l’année dernière une convention tripartite : État-Métropole-Ville de Lyon. Villeurbanne a fait la même chose. C’est une convention de lutte contre le sans abrisme et de résorption des campements et des bidonvilles. On a cette convention-cadre qui nous permet d’avoir une direction commune. On coopère plutôt bien avec les services de l’État, sur la prise en charge des publics qui relèvent de leur compétence. Aujourd’hui, on est en difficulté avec l’OFII qui devrait accueillir les demandeurs d’asile. On a beaucoup de familles qui sont demandeurs d’asile, notamment dans les écoles et qui ne sont pas prises en charge. Aujourd’hui, il y a un demandeur d’asile sur deux qui n’est pas hébergé et qui devrait l’être. 

Pouvez-vous revenir sur le plan Zéro enfant à la rue ?

Il y a des places qui sont réservées dans le cadre du plan Zéro enfant à la rue, on souhaite pouvoir continuer à alimenter ce dispositif, car on voit bien la difficulté qu’on a notamment sur le 44 ( l’ancien commissariat du 7e qui a été reconverti en centre d’accueil, NDLR) . Il y a 39 places et ça ne bouge pas. Il a été créé pour mettre à l’abri les familles qui étaient à la rue et il y a déjà un embouteillage. Donc il va falloir augmenter la capacité d’accueil. Aujourd’hui on sait que c’est au fil de l’eau que les familles arrivent. On arrive à mieux anticiper les situations, on est en lien avec les collectifs, comme le collectif Jamais Sans Toit, mais aussi avec des collectifs un peu plus individualisés dans les écoles. Que les écoles soient occupées ou pas, car il y a des écoles comme à Combe blanche, dans le 8e, où les parents ont décidé de ne pas occuper l’école. Il y a une cagnotte, la mairie va payer des nuits d’hôtel à une maman qui est dehors avec ses deux enfants. On est au courant de toutes ces situations et on essaye de les traiter au mieux et le plus rapidement. On n’y arrive pas toujours, parce que l’on a des familles qui arrivent sur le territoire et qui se retrouvent à la rue directement. On n’a pas de réponse immédiate à proposer pour ces familles. Je vous donne un exemple concret : on a une famille, une maman avec ses deux petites filles qui arrivent de Metz, qui a été déboutée de sa demande d’asile et qui est venue à Lyon. Elle n’a pas de réseau, elle n’a rien et elle est à la rue. Elle a scolarisé ses enfants, mais elle est sans droits ni titres. C’est compliqué pour nous d’apporter une réponse immédiate quand on est interpellé par les parents, enseignants, qui nous expliquent que les enfants sont fatigués, qu’ils ont froid, qu’ils ont peur. Il y a toujours la problématique administrative qui vient polluer les dispositifs. 

Combien de nuits d’hôtel avez-vous délivré cet hiver ?

On n’en délivre pas beaucoup, car c’est de la compétence de l’État. On en a pris en charge de façon exceptionnelle pendant la période de Noël pour le plan Zéro enfant à la rue, le temps que le 44 soit mis en place et que des logements soient mis aux normes. On a délivré une dizaine de nuits d’hôtel qui ont été prises en charge par le CCAS. On en a aussi délivré pour les SDF qui étaient dans le campement de République, dans l’attente d’un autre dispositif qui tarde un peu à arriver. Mais on ne paye pas de nuits d’hôtel s’il n’y a pas de suivi derrière. 

Les organisateurs du rassemblement pour le droit au logement ont manifesté contre la fin de la trêve hivernale. Vous en pensez quoi? 

C’est assez contradictoire, car la ministre, Mme Wargon, avait annoncé qu’il n’y avait plus de renfort hivernal. Elle disait qu’il n’allait plus y avoir de places supplémentaires de crées en début d’hiver, donc c’est assez contradictoire de dire qu’on arrive à la fin de la trêve hivernale, alors qu’il n’y a pas eu de début. Le vrai danger, c’est surtout la reprise des expulsions locatives qui sont une vraie catastrophe, puisqu’on a derrière des gens qui vont se retrouver à la rue du jour au lendemain, alors qu’on aurait pu éviter ces situations-là. Nous, au CCAS, on travaille vraiment sur des actions de prévention, d’accompagnement via les aides facultatives. 

Pouvez-vous revenir sur le campement de la Place de la République ? 

Ça faisait très longtemps qu’on travaillait dessus. Il y a déjà eu des premières tentatives l’année dernière, et il y en avait eu d’autres en début d’année. C’est très complexe. Les situations ont beaucoup évolué. Il y a eu 5 ou 6 personnes au début, et au final, elles se sont retrouvées plus que deux, à un moment, il n’y en avait plus qu’une, donc tous les diagnostics sociaux, les ouvertures de droits qui avaient été réalisés avec les 5 ou 6 personnes qui étaient présentes au début, ne servaient plus à rien. Il a fallu reprendre le travail avec les deux nouveaux. Ça ne se voyait pas de l’extérieur, quand les gens passaient, ils voyaient toujours le campement et avaient l’impression que ça ne bougeait pas. On a repris les évaluations sociales et on s’est retrouvé avec un monsieur qui avait deux lapins. On a déjà du mal à trouver des places pour des personnes qui ont des chiens, mais avec deux lapins en plus ça se complique. Car les chiens ont les met dans un chenil, mais si on met les lapins dans le chenil, ils vont se faire manger. Ça peut paraître futile, mais ça complique les situations. On a passé trois semaines à discuter avec ces deux personnes qui étaient dans ces tentes, et avec les commerçants qui ont été très tolérants, mais qui, au bout d’un moment, ont été dans une situation d’exaspération, car il y avait de la consommation d’alcool et de drogues et il y a eu des débordements. On a demandé à ces personnes quelles étaient leurs attentes. Il y avait une personne de nationalité italienne, donc ce n’était pas facile sur le plan administratif de lui trouver une place. Une place d’hébergement lui a été attribuée à lui et à ses animaux dans un centre d’hébergement, et en attendant, il est logé dans un appartement. L’autre personne est dans une chambre d’hôtel, mais on sait qu’il a déjà eu des complications avec l’hôtelier. On savait que c’était précaire comme proposition, mais du coup ça ne va pas durer très longtemps. 

M. Chaillet, le Premier adjoint de la Mairie du 2e, ne se fait pas trop d’illusions par rapport aux chambres d’hôtel. Qu’en pensez-vous? 

On sait que l’hôtel est rarement une solution qui tient pour beaucoup de monde, et encore moins pour des personnes qui ont des pratiques addictives et des comportements compliqués. Cette personne est déjà bien connue des services sociaux et on sait qu’il y aura des structures qui ne voudront pas l’accueillir par rapport à son comportement. Sur le diagnostic on est d’accord, c’est sur les solutions qu’on n’arrive pas à avancer assez vite. C’est pour ça qu’à la Ville, on veut mettre en place des dispositifs adaptés à ces publics, que personne ne veut accueillir. Comme on l’a fait sur le dispositif de Denuziere à Caluire qui accueille des jeunes, qui sont en autogestion. Le projet a été travaillé avec eux. Ce sont eux qui ont choisi ce mode d’habitat, plusieurs propositions leur ont été faites. Ils ont défini avec les associations des règles de vie collective, avec un règlement intérieur, et la Ville de Lyon a mis à disposition le terrain avec l’aménagement. Elle a également acheté les caravanes. Le dispositif existe depuis maintenant un an. Le dispositif a accueilli 16 personnes. Il y en a qui ont réussi à ouvrir des droits, qui ont réussi à mettre en place des accompagnements vers l’emploi, à retrouver des activités sociales ou professionnelles et à quitter le dispositif. 

Il y a beaucoup de tentes à Perrache, vous pouvez nous en dire un mot ? 

Ce sont des demandeurs d’asiles… J’y suis allé pas mal de fois. Ils vont, ils viennent. À date, on n’a pas de solution et je le répète, on n’a pas de retour de l’OFII. 

Gregory Fiori
Gregory Fiori
Ex-rédacteur en chef

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