Gassam : tentaculaire rappeur lyonnais

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Hermann n’Gassam, connu sous ses alias Gassam, Gas’, Hermann ou Opium du peuple est un (ancien-) rappeur lyonnais. Après avoir co-fondé IPM, La Médina et Octopussy, cet artiste originaire de Vénissieux est parti en carrière solo au début des années 2000. Très terre-à-terre, le quarantenaire a aujourd’hui mis en stand-by la musique pour se concentrer sur sa première passion : la recherche. Même s’il a accepté de reprendre le micro pour son vieux pote DJ Duke lors d’une soirée en son hommage le 20 janvier dernier, l’ancien kickeur voit aujourd’hui, plus que jamais, la musique comme une passion et un exutoire personnel. Rencontre avec un bout de l’histoire du rap lyonnais.

Nous rencontrons Gassam dans un bar du 9ème arrondissement de Lyon, à quelques mètres de l’ancienne salle de concert du Rail Théâtre. Un lieu symbolique puisque c’est là où lui et son premier groupe ont réalisé la première partie du mythique groupe parisien Lunatic. Avec une pinte de bière IPA à la main, le rappeur des mythiques groupes IPM, La Médina, Octopussy puis Dialect nous dévoile une partie de son parcours semé d’anecdotes toutes aussi improbables qu’intéressantes.

Vénissieux et les débuts du hip-hop

Gassam nait en 1977, dans une fratrie composée de 4 sœurs. Depuis son quartier de Moulin à Vent, entre Vénissieux et le 8ème arrondissement, le garçon tombe dans la musique et surtout le hip-hop fin 80 début 90 avec « Yo MTV Raps ! ». Cette émission télévisée, présentée par la journaliste française Sophie Bramly, donnait la parole à des rappeurs américains comme LL Cool J, Ice T, Afrika Bambaataa, De La Soul ou Run DMC… Elle a même été diffusée aux Etats-Unis. Orphelins du programme H.I.P.H.O.P. en direct les dimanche après-midi sur TF1, les fans de rap du début des années 90 se rabattent rapidement sur Yo MTV Raps !. C’est là que tout se passe ! C’est par ce biais que Gassam va découvrir les artistes qui écrieront la légende de sa future discipline. En parallèle, l’adolescent découvre également dans son quartier, les versions françaises du hip-hop : « Je me rappelle qu’il y avait des cassettes VHS qui tournaient, un ami m’en avait passé une et j’ai vu les premiers rappeurs français. Ça m’avait un petit peu touché, ça avait l’air cool. Democrat D, Lionel D, Dee Nasty, Soon E MC… ça m’a fait bizarre de voir qu’on pouvait rapper en français ». Au début des années 90, le mouvement hip-hop balbutiait en France, et encore plus à Lyon où rien n’était fait. Gassam se souvient de « Colors » ou deux trois groupes avec un peu d’écho. Mais rien d’exceptionnel. Pourtant, il s’est rapidement identifié à ce nouveau groupe social et ce mouvement de banlieusards : « J’ai grandi à Moulin à Vent, Vénissieux. C’était un petit peu compliqué de se reconnaître dans ce qu’il y avait autour de nous, il n’y avait pas grand-chose pour la culture aux débuts des années 90 ». À seulement 13 ans, Gas’ adopte donc ce mode de vie « hip-hop » et se raccroche à ce mouvement qui débute. Influencé par ses référents parisiens, américains, et les grands du quartier qui s’essayent aux freestyles, le collégien commence également à écrire ses premiers textes, bien loin de ceux qui ont forgé sa carrière dix ans plus tard : « J’aimais déjà écrire. J’écrivais déjà des poèmes dans ma chambre, de mon côté ». Après avoir vu et revu toutes les cassettes de rappeurs qui tournaient dans son quartier, le jeune homme se lance dans le grand bain quelques mois plus tard. Il se met rapidement à trainer en bande et à étudier la culture rap dans son ensemble : « Je suis passé par toutes les disciplines du hip-hop à l’époque : la danse, le tag, le beatboxing, l’écriture… ».

Opium du Peuple

Puis, vient la rencontre qui va changer sa vie : « il y avait un mec qui habitait en face de chez moi, qui s’appelait Éric Bellamy. Il était aussi dans cette dynamique-là. On a commencé à discuter, rentrer en contact. Est arrivée l’idée de se rassembler avec au fur et à mesure des mecs de Saint-Priest, de Rillieux-la-Pape… ». Gas participait à la naissance d’un des premiers groupes de rap lyonnais : « On est devenus un gros crew : IPM ». Entouré de « mecs qui faisaient du son, d’autres qui dansaient, des taggueurs, du beatbox.. », Gassam n’a pas tout de suite trouvé sa place. Si le nom IPM, comprenez Impact par Les Mots, en imposait, Gassam devait lui aussi trouver un nom qui claque, qui démarque. Il a pris la décision de se surnommer « Opium du Peuple ». L’ancien rappeur s’explique « Je ne suis pas du tout marxiste ». Mais il se souvient avoir eu en tête la théorie de l’Opium (une drogue forte, NDLR), qui pourrait « soulever les peuples » comme la théorie de Marx concernant l’artifice créé avec la religion. C’est décidé : il répondra désormais au doux nom d’Opium du Peuple’ lorsqu’il trainera en bande ou pour freestyler en crew. Car si le phénomène du rap tend aujourd’hui à s’individualiser notamment avec les réseaux sociaux, Gassam nous explique que le hip-hop tendait davantage, au début où il commence à le pratiquer, à représenter son quartier, sa ville et se défendre en bande. Tantôt ‘racaille’, tantôt plus intéressées par la musique, ces bandes se défiaient autour d’événements en centre-ville dans une époque où « tout le monde se rencontrait à la Part-Dieu (plus gros centre commercial de France situé dans le centre-ville de Lyon, NDLR), pour faire des battles de danse.  Quelquefois, ça partait un peu en baston et dépouille (rires) ». Mais Gassam réplique directement : « Nous on avait IPM, un groupe plus hip-hop ». Quand il fréquente les battles, il lui arrive également de croiser deux de ses grandes-sœurs qui « trainaient un peu avec un crew qui s’appelait les amazones. Elles étaient en contact aussi avec les bandes des « TGC ». Tout cet écosystème hip-hop va forger, construire et endurcir ce petit adolescent rêveur, à qui ses parents interdisent pourtant de sortir tard le soir. À seulement 14 ans, Gassam ère avec son équipe « j’aimais bien trainer dans les rues, ce phénomène de déambulation » et commence petit à petit à écrire des sons, les faire écouter à ses amis qui font pareil en retour. C’est Éric Bellamy qui dirige la troupe et organise les sessions de travail. Gassam se rappelle : « avec IPM, on était assez disciplinés, on répétait toutes les semaines. Le crew grandissait à chaque fois. Tu avais un noyau dur, puis les bboys, les affiliés. On a répété dans quelques endroits, dont un qui était important c’était la MJC de Vénissieux ».

Le crew IPM au milieu des années 90 à la MJC du Cadran à Vénissieux, Gassam en bas à droite de l’image.

Les tours tombent

La MJC de Vénissieux a longtemps été un refuge pour tous les groupes de rap n’ayant aucun point de chute pour travailler leurs danses et leurs textes. C’est le cas d’IPM, qui a répété inlassablement tous les week-ends au début des années 90, pour tenter de gagner des battles de break et autres disciplines exigeantes du hip-hop. Dans cette époque bénie du mouvement, IPM a également bifurquer par le rap, en écrivant ses premiers morceaux. C’est la ville de Vénissieux, au sens propre comme figuré, qui va lui offrir : « On a fait notre première cassette, quelques années après, qui s’appelait « les tours tombent ». C’était pour la démolition des tours de la démocratie aux Minguettes en octobre 1994. La mairie était venue nous voir pour faire un morceau en hommage à cet événement. C’était notre première cassette gravée. Ils l’avaient distribué à beaucoup de monde ». Ce morceau sonne comme le premier projet officiel et abouti du groupe IPM. Avec « les tours tombent », l’histoire est en marche. IPM peut enfin performer sa propre musique et envisager la diffusion sur cassette de ses textes enregistrés sur des machines de qualité. « Éric était déjà structuré à l’époque, il voyait loin se remémore le rappeur. Il avait une bonne capacité à se faire du réseau, il avait compris comment tout fonctionnait. Les gens nous faisaient confiance ». C’est ce qui va encourager ce groupe de jeunes artistes à performer de nombreux concerts « ce qui me plaisait le plus développe-t-il avant de conclure par Pendant des années on a enchainé pleins de dates dans la région lyonnaise puis dans la France ». Avec Éric Bellamy aux manettes, qui a créé le premier label « lyonnaise des flows » sur lequel IPM était signé, la bande de potes va désormais tenter de passer à la vitesse supérieure et produire sa propre musique.

Cassette gratuite originelle du morceau « les tours tombent », 1994.

« Galerie des Glaces »

Toujours lycéen à l’époque où la musique commence petit à petit à marcher pour lui, Gassam envisage de plus en plus le rap comme un réel défouloir, un moyen d’expression qu’il ne retrouve pas ailleurs. Avec la notoriété grandissante d’IPM, le crew se lance dans l’enregistrement de son premier album, dès la fin des années 90 : « Galerie des Glaces ». Durant plusieurs mois, les artistes vont se succéder pour créer ce qui va être considéré comme le premier gros projet à l’échelle de la ville. Le rappeur originaire du quartier de Moulin à Vent va y prendre part sur plusieurs morceaux et rajouter sa touche spéciale. C’est notamment le cas sur le morceau « Panorama » où il décrit son quotidien sombre dans une ville bétonnée « mon panorama, une Drama au Famas, masse un corps dans le coma, la ville dans le ciment, une vision au firmament, esquisse d’un schéma, estomac noué, schlass à gauche pour les moins doués ». Le morceau et l’album sur lequel il sort feront des ravages sur la scène hip-hop française. Le projet va vraiment mettre Lyon sur la carte du rap et donner un coup de projecteur sur ses banlieues. Il permettra également au groupe de réaliser de nombreux concerts, à Lyon et ailleurs.

La tête dans le rap, les pieds sur Terre

En parallèle de la musique, Gassam a toujours travaillé pour gagner sa vie. Ce fan de biologie depuis sa tendre enfance qui regardait « les définitions des espèces vivantes dans le dictionnaire » dès ses 9 ans, a longtemps été employé dans les laboratoires en tant que chercheur. On peut remarquer que chacune de ses décisions sont animées par le cœur et la passion. Il a toujours su garder un équilibre. Lorsqu’il prenait un peu de recul sur la musique, Gassam se lançait corps et âme dans la recherche. Quand il était en pleine création artistique, il couplait son travail avec des nuits blanches pour boucler les sons. Au début des années 90, déjà engagé dans IPM, il rencontre de nombreuses têtes du milieu à Lyon et dans la France. Mais il sort tout juste de ses études « dans la science technique de laboratoire (STL) en biologie et biochimie jusqu’au bac ». « Puis, je suis allé en BTS en biotechnologie à Lyon et je suis parti un an et demi à Toulouse pour finir mes études en niveau licence ». Son amour pour Lyon le ferra revenir presque chaque week-end depuis la ville rose. « Je faisais des allers-retours souvent en train ».

Le sciencé en survet, au milieu de Kesto (à gauche) et de Spadj à droite, de la Médina.

La Medina : une bande de potes mais peu de projets

Après avoir terminé ses études et avoir participé à la création de « Galerie des Glaces », Gas’ va petit à petit prendre ses distances avec IPM. « Mon parcours est beaucoup lié à ma vie, les potes, les gens que je rencontre » nous explique-t-il, avant de développer : « IPM a duré de 1991 à 1998 pour moi, puis j’ai rencontré d’autres gens ». Parmi ces rencontres, le crew « La Souche », avec qui Opium du Peuple va former La Médina : « Les choses se sont faites avec la force des choses ». «On se voyait souvent, on squattait souvent ensemble dans les appartements, on freestylait beaucoup ensemble : il y avait une vraie relation artistique ». À l’intérieur de cette nébuleuse gravitaient « des genevois : « Pax Animo », un parisien : Moussa, des lyonnais comme Kesto et Sydney ou encore des gars de Vénissieux, des cousins ivoiriens… ». Ce groupe va également écrire un bout d’histoire du rap lyonnais dans une période où « dans mon style, j’allais davantage vers quelque chose de gangster» nous explique l’artiste. « J’avais d’autres envies artistiques et je me suis rapproché davantage de la Médina ». Mais malgré l’entente et la cohésion d’équipe qu’il a pu exister au sein de son second groupe, le sérieux et l’entreprenariat qu’avait créé Éric Bellamy au sein d’IPM que Gas’ a quitté, ne s’est pas retrouvé chez La Médina. Cela ne permit d’ailleurs pas au second groupe de sortir quelconque projet ensemble. Kesto, figure emblématique de La Médina et seconde signature du label Lyonnaise des Flows, sortira bien un projet « Le Visualisateur », où Opium du Peuple y réalisera d’ailleurs un featuring. Le groupe apparaitra bien sur quelques compilations nationales comme « Méridien Ouest » ou « Sachons dire non« . Mais aucun projet ne captura l’émulsion que le groupe avait créé à cette époque.

La Médina, tantôt une bande, un collectif d’artistes. En bref : une quinzaine d’amis qui trainent toujours ensemble pour faire les 400 coups.

Cauchemar du bitume

Ce qui va réellement placer Opium du Peuple, alias Gas, sur le devant de la scène, c’est Cauchemar du Bitume. Cette mixtape gratuite de 17 titres, créée avec son binôme Spadj alias Guide Spéléo, « correspondait vraiment à l’époque qu’on vivait, témoigne-t-il. « On était tout le temps dans la rue, comme ce qu’on entend dans les morceaux ». Du premier morceau « Lyon la nuit » jusqu’au dernier « Gotham Crame », le duo Octopussy dévoilait sa « pièce à conviction numéro 69 » qui témoignait la réalité et la dureté de la vie de nos deux compères à Lyon. Cet album est décrit par Knai, fondateur de 69 la trik et de la 800 industrie, comme « un classique du rap lyonnais » qui « reflète les rues de Lyon et l’ambiance qui y règne ». Des propos confirmés par son principal créateur : « Avec Spadj, on décrivait notre vie de l’époque en ville, à la Croix-Rousse ». « On vivait dans la rue, on mangeait dans la rue, on passait de chez l’un à chez l’autre par la rue. J’écrivais beaucoup dans le métro et dans le bus ». Sur ces 17 titres, Lyon est comparé à Gotham, la ville défendue par Batman, où les pilleurs, tueurs et gangsters sèment la terreur. Sur Cauchemar du Bitume, Octopussy se situe à mi-chemin entre l’homme chauve-souris et son fidèle ennemi le Joker, comme des journalistes qui reportent ce qu’ils voient dans une ville sombre où tous les crimes sont commis. On y retrouve les punchlines « LY sous les flammes » sur le morceau « Gotham Crame », « tu veux te bagarrer, bah vas te garer » sur le morceau « Marginal » ou des sujets plus terre à terre comme sur « Rappel aux frères » : « rappel aux frères, que tout est éphémère ».

Octopussy composé de Spadj, alias Guide Spéléo et Gassam, alias Opium du Peuple.

Au laboratoire la journée, en studio la soirée : « Sciencé en survêt »

En se penchant sur les souvenirs de la création de cette mixtape, Gas tient à rappeler : « À côté de la musique, on avait tous un taff ». « Moi j’étais scientifique dans un laboratoire. Pendant l’enregistrement de Cauchemar du Bitume, je travaillais la journée en laboratoire et le soir j’allais en studio. On m’appelait le ‘sciencé en survêt’, et ça me représente bien. J’ai toujours eu une quantité de boulot importante, des journées bien remplies ». Avec ce projet fait « à la débrouille, avec les moyens du bord, en essayant de récupérer de l’argent comme on pouvait ». Octopussy, toujours proche d’IPM et de La Médina, trouve un local à Villeurbanne et se renferme sur elle-même : « On était en vase clôt. On avait quand même réussi à se structurer un peu et se trouver un local à Villeurbanne. C’était notre studio et l’endroit où on faisait nos maquettes ». Cette identité d’indépendance anti-majors, de bande qui défie quiconque sur le terrain musical comme dans la rue, va créer un univers musical particulier. C’est le projet Cauchemar du Bitume qui va cristalliser cette époque et cette génération d’artistes. « On voulait représenter notre ville, l’époque, les quartiers vers lesquels on trainait, avec un côté marginal, anti-social. C’était une étape très renfermée sur nous dans notre identité de groupe. Cet album est vraiment une formation. Les producteurs étaient nouveaux, les rappeurs étaient nouveaux, avec une direction artistique qu’on a faite nous-même à la débrouille » détaille Gassam. Malgré l’apprentissage que le projet représente, Gas reste, avec le recul, assez pessimiste quant à l’écho que Cauchemar du Bitume a perçu : « C’est un disque qui est sorti, mais on a été déçus car on n’est pas arrivés à transformer l’essai ». « Il n’est pas resté longtemps dans les bacs, il n’a pas été exploité comme on l’aurait voulu. Ça été un vrai succès d’estime ». Pourtant, avec ce 17 titres, le groupe s’est donné de l’espoir. Notamment en concert : « On avait fait la première partie de Lunatic, au Rail Théâtre, dans le 9ème arrondissement ».

De gauche à droite : Bobax, Kesto et Gassam, éléments moteurs du groupe la Médina. Le 69 avec les mains était déjà d’usage !

Suis l’film et Dialect

Après Cauchemar du Bitume, le binôme Octopussy que formait Gas’ et Spadj commence petit à petit à se dissourde. Le DJ Spadj « prend un peu de recul sur le rap » et Gassam commence, lui, à écrire et enregistrer ses premiers morceaux solos. De cette période post-2000 naîtra son projet de 6 titres intitulé « Suis l’film », sorti en 2001. Il réalisera une bonne tournée médiatique, notamment un passage dans le magazine national l’Affiche, une interview sur Skyrock, puis « des premières parties en concerts, des touches avec des petits labels ». « On avait même fini au label BOSS (label de Joey Starr, NDLR) pour une série de freestyles ». Il résume finalement cela par « J’avais eu un bon feed-back sur ce projet ».

C’est sur scène, encore une fois, que le rappeur va tenter de sortir du lot. « Avec ‘Suis l’film’, j’ai eu envie de revenir au concert avec des musiciens. J’ai rencontré un crew de musiciens funk avec deux trompettes et deux saxophones, guitares, basses, claviers… J’ai commencé avec ces gars-là, on a fait des répétitions, jusqu’à monter un groupe qui s’appelle Dialect Music ». Avec cette nouvelle équipe, débute la seconde carrière de Gassam : « On a fait beaucoup de concerts et de live, d’abord régionalement. Puis, on a sorti notre premier disque, « La spéciale » de 6 titres, en 2005. Peu de temps après, on a signé un contrat avec un tourneur parisien. Je travaillais en temps-partiel et à côté je faisais de la musique. Je mi-vivais de la musique en réalité. Mon temps partiel était organisé en semaine. Une semaine je partais en tournée, une semaine je travaillais en laboratoire ». Avec ce rythme toujours plus effréné, Gassam découvre -enfin- à plus de trente ans, la vie d’artiste : les tournées nationales, un public présent tous les soirs, de bons scores pour la vente de leur projet…. Il va même jouer au célèbre festival « Jazz à Vienne », et réaliser des premières parties pour « Oxmo Puccino, Method Man et Redman, Fred Wesley, Archie Shepp ».

Puis, le groupe sort son second disque « Parlez vous dialect ? » en 2010. Une symbolique attache particulièrement Gassam à ce projet : « Ce disque-là, on avait un feat avec Roy Ayers. C’est un gars qui a fait le morceau « Everybody loves the Sunshine ». C’est le deuxième artiste le plus samplé au monde après James Brown. Moi qui faisais du rap, qui ait passé des années à écouter des disques de soul et de jazz, c’est lui qui m’a emmené à faire du rap. J’ai fini par faire un EP et avoir Roy Ayers sur un disque avec moi. Tu vois ça en studio, tu te dis que c’est quand même pas mal ». Le pied est tel, qu’avec le temps que lui prend son groupe Dialect, Gas en oublie presque de commercialiser son véritable premier album solo « Extrait de l’homme »…

Second projet de la bande « dialect », l’album « parlez vous dialect ? » est un moment fort et symbolique de la carrière de Gassam.
Le projet ‘extrait de l’homme » ne verra jamais le jour commercialement.

30 ans de carrière dans le rétroviseur pour quel statut ?

L’ancien artiste approchant la cinquantaine revient également avec nous sur la soirée en hommage à DJ Duke le 20 Janvier dernier : « Récemment, avec les anciens rappeurs de Lyon, on s’est retrouvés pour la mort de DJ IZO, puis celle de DJ Duke ». Si l’événement semblait faire office de réunion des anciennes têtes du rap à Lyon, Gas’ évoque cela avec une vision plus cynique : « On arrive à un âge où on se voit plus tous les jours parce qu’on a plus vraiment le temps. Mais on se rend compte qu’on a pris du plaisir à l’époque et qu’on se retrouve parfois pour des mauvaises expériences. On se voit de plus en plus pour s’annoncer des mauvaises nouvelles ». Comme Dj Duke, chez qui il a commencé le rap avec Casus Belli et grâce à qui il figure sur la compilation « Duke Flava« , Gassam reflète à lui seul les difficultés du marché du rap lyonnais à casser ce plafond de verre : « On n’arrivait pas à faire une émulation, à unir tout le monde ». « Quand on faisait des scènes au Transbordeur, tu te baladais en ville, tu avais des gens qui t’arrêtaient, tu sentais qu’il y avait des choses qu’il se passait. Puis, il y a le festival l’Original. Quand tu passais dans ces shows-là, tu sentais une émulation. Mais c’est comme si tout retombait juste après. C’était très localisé, tu avais du mal à fédérer ».

Gassam a performé durant trente minutes pour le concert hommage à DJ Duke le 20 Janvier 2022. Crédits : Yannick Norhadian.

Son amour pour Lyon et ce que la ville lui a rendu

De cette époque où Gas squattait les concerts, aujourd’hui, il ne reste plus grand-chose. Si les souvenirs demeurent, les concerts où l’on peut entendre Médina, IPM ou Octopussy ne sont pas nombreux. La nouvelle génération de rappeurs et le grand-public ne connait que très peu l’histoire de ces groupes qui ont été les piliers du mouvement à LY City. Même si OKIS, jeune rappeur lyonnais, rappait dans son dernier projet « OK » : « j’ai l’âge de la lyonnaise des flows » et reconnaissait par ailleurs l’existence-même du mythique label lyonnais, combien peuvent en dire autant ? Gas explique sa vision des choses : « Notre histoire est connue des gens qui étaient là à l’époque, des gens qui s’intéressent ». « Avec Casus Belli, on s’est croisé à la soirée en hommage à DJ Duke et on s’est dit ‘on est des survivants’ ». L’interviewé se félicite quand même de l’influence qu’il a pu avoir sur le rap actuel : « Il ne reste pas grand-chose de cette époque-là, si ce n’est l’influence qu’on a pu avoir sur certaines personnes qui sont encore là aujourd’hui. Je pense au collectif PLAVACE. Je connais bien son fondateur, Cleim Haring (anciennement Libre Penseur, NDLR). On l’avait invité sur scène quand il était plus jeune. C’était un petit très respectueux, passionné, qui nous a rendu cela. Avant de conclure il faut juste que les gens qui portent cet héritage-là nous le disent ». Pour témoigner de ce parcours, Gas a créé un blog via le site internet « bandcamp », où il expose ses souvenirs et met en ligne ses anciens morceaux, bien souvent absents des plateformes et/ou d’Internet « je trouve que c’est important de montrer que ça a existé. Quand tu fais de ma musique, tu ne sais jamais à qui elle va arriver, c’est comme une bouteille à la mer ».

Le dernier groupe en date de Gassam, « Tchopdye » : un mix entre jazz, rap, électro et instruments.

Après avoir jeté un coup d’œil dans le rétroviseur, Gassam se félicite malgré tout d’avoir été lui-même jusqu’au bout. C’est cette entièreté et cette intégrité qu’il a toujours revendiqué et assumé dont il reste le plus fier : « J’ai su faire évoluer ma musique, je ne suis pas dans le jeunisme ». « Je suis passé par un parcours où il y avait eu du rap urbain, puis du jazz, puis mon dernier groupe « Tchopdye ». Ce-dernier a résumé toutes les musiques et les formes que j’avais connu : hip-hop, jazz, électro. Ce qui est important c’est que la musique te ressemble », avant de conclure : «pour moi, la musique est une passion, un endroit épargné par les soucis d’argent. C’est une sorte de refuge ». Après notre entretien dans le 9ème arrondissement, Gassam repartait dans le Nord-Ouest de Lyon où il a élu domicile, quelques années après avoir quitté la Bretagne où il avait trouvé refuge. L’artiste a remis les gants pour le dernier événement en hommage à Dj Duke, le 20 janvier dernier et a même croisé le micro avec son ami de toujours Khondo du groupe La Cliqua. Mais il nous l’assure :  il a quitté la musique sans regret. Il est retourné à sa première passion de toujours : la biologie.

Tristan Alexandre
Tristan Alexandre
Journaliste à Lyon

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