SOS Racisme a organisé une de ses traditionnelles « nuit du testing » dans toute la France

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L’association antiraciste a organisé une « nuit du testing » dans dix villes françaises vendredi soir. Cette méthode du testing a une histoire qui trouve ses racines à la fin des années 1990.

« Ça ne va pas être possible ! » Souvent, trop souvent, cette phrase claque comme une gifle à la figure d’une partie de notre jeunesse lorsqu’elle se présente à l’entrée des boîtes de nuit. Si cette discrimination peut être perçue par certains comme ayant moins de conséquences que les discriminations à l’embauche ou au travail, ce n’est pas l’avis de SOS Racisme, ni d’Hermann Ebongue le secrétaire général de l’association antiraciste. « Il n’y a pas de différence à faire. À SOS Racisme nous ne faisons pas de catégorisation des discriminations. Une discrimination c’est déjà une discrimination de trop. À partir du moment où elles existent, il faut les combattre, car cela va à l’encontre de la cohésion nationale, des valeurs de la République, qui sont égalité, liberté, fraternité et donc pour nous, SOS Racisme, que ce soit dans le logement, l’accès au loisir ou dans l’éducation, ces discriminations il faut les combattre », nous a-t-il confié. « Les boîtes de nuit sont des lieux où la jeunesse se rencontre, une jeunesse qui n’a pas les mêmes couleurs, les mêmes origines, ni même les mêmes origines sociales et si cette jeunesse ne peut pas se retrouver ne serait-ce que quelques heures pour faire la fête, cela serait difficile qu’elle vive ensemble », a-t-il ajouté. La discrimination à l’entrée des boîtes de nuit est d’ailleurs souvent perçue comme la plus violente et la plus directe dans la panoplie des rebuffades que les jeunes peuvent essuyer. Après l’école c’est d’ailleurs l’une des premières discriminations qu’une frange de la population est amenée à subir avant celles liées au logement ou au travail. 

Afin de lutter contre les discriminations, SOS Racisme, sous l’impulsion de son ancien président Malek Boutih, qui s’était inspiré d’une méthode anglo-saxonne, s’était mis à organiser des testings médiatisés à la fin des années 1990. Le principe est simple : pour vérifier si une discrimination raciale existe, des personnes qui se distinguent uniquement par leurs origines perçues sont placées dans une même situation (demande d’emploi ou de logement, entrée dans une boîte de nuit…). Si les personnes perçues comme ayant des origines étrangères se voient opposer un refus alors que celles perçues comme ayant une lointaine ascendance française reçoivent une réponse positive, la discrimination raciale est avérée. En effet, cette approche comparative permet de constater qu’un employeur, un propriétaire, un « physionomiste »… opère un tri en fonction des origines réelles ou supposées des personnes. 

Grâce à l‘action de SOS Racisme, le procédé du testing a été admis comme mode de preuve valable devant la justice pénale (arrêt de la Cour de cassation en date du 12 septembre 2000 rendu dans une affaire de discrimination révélée par un testing mené par l’association). Finalement, les « tests de discriminations » ont été légalisés par la loi sur l’égalité des chances du 31 mars 2006. Cette méthode de quantification de l’ampleur des discriminations est d’ailleurs fréquemment utilisée dans des travaux de recherche. 

Vendredi 3 mars, SOS Racisme a donc organisé l’une de ses fameuses « nuit du testing » qui consiste en une opération simultanée de ces tests de situation. L’opération a été menée dans dix villes françaises : Bordeaux, Lille, Marseille, Montpellier, Mulhouse, Nice, Paris, Poitiers, Toulouse et Lyon. C’est d’ailleurs là que nous avons rencontré Hermann Ebongo, car nous avions été gentiment invités par les membres du nouveau bureau de Lyon à couvrir l’opération dans la capitale rhodanienne. Théo, Hugo et Fabiola font partie des jeunes militants qui ont permis la réouverture du bureau lyonnais qui était désespérément fermé depuis maintenant cinq ans. Ils apportent tout leur enthousiasme pour relancer la machine entre Rhône et Saône. 

Vendredi, dans toute la France, SOS Racisme a donc mobilisé des « testeurs » afin de vérifier si la discrimination raciale était ou non pratiquée dans des établissements de nuits. 

L’opération a consisté à mobiliser des « groupes tests » (composés de personnes susceptibles d’être discriminées sur la base de leurs origines réelles ou supposées) et des « groupes contrôles » (composés de personnes perçues comme étant de lointaine ascendance française).

Le « groupe Test » de SOS Racisme lors du testing mené à Lyon le 3 mars et Fabiola de SOS Racisme lyon (à droite).

Dans chaque ville, SOS Racisme a mis un point d’honneur à ce que le ou les « groupes tests » et le « groupe contrôle » présentent des caractéristiques identiques en termes d’âge, de sexe et de niveau de standing des personnes qui les composent (par exemple, pour neutraliser l’éventuel impact du genre, tous les groupes sont constitués de couples homme/femme). En outre, les différents groupes se sont présentés devant les établissements dans un laps de temps relativement court afin que les réponses divergentes apportées aux groupes ne soient pas susceptibles d’être liées à une affluence significativement différente.

Le « groupe contrôle » de SOS Racisme lors du testing mené à Lyon le 3 mars et Fabiola de SOS Racisme lyon (à droite).

Dans toutes les villes dans lesquelles étaient organisée cette opération, les groupes de « testeurs » étaient munis de matériel d’enregistrement et dans de nombreux cas, ils étaient accompagnés d’un « témoin de moralité » permettant d’attester que le testing s’est déroulé tel que rapporté par les testeurs.

Au terme de cette « nuit du testing », des discriminations ont été rapportées dans six villes à savoir Bordeaux, Lille, Marseille, Montpellier, Nice et Paris. Sos Racisme rapporte que « Sur le plan national, 17,3 % des établissements testés ont pratiqué la discrimination raciale ». « Les attitudes des établissements ayant pratiqué la discrimination raciale à l’occasion de notre testing renvoient aux 3 attitudes « classiques » : invocation de motifs typiques (« Il fallait réserver ») ou (« c’est plein »), absence de motifs invoqués (« Ça ne va pas être possible ») ou pratiques dissuasives (cf. conditionner l’entrée des seules personnes perçues comme noires et arabes à l’achat d’une table ou d’une bouteille aux prix dissuasifs). »

L’association annonce d’ores et déjà qu’elle « déposera plainte contre les établissements de nuit suspectés de discrimination raciale » à l’issue de cette « nuit du testing ». « Mais, au-delà de nos plaintes, nous attendons des pouvoirs publics une réaction à la hauteur des réalités une fois de plus mises en lumière. »

Sos Racisme a en effet formulé dix revendications à l’endroit des pouvoirs publics afin de lutter contre le fléau des discriminations raciales à l’entrée des boîtes de nuit. L’association recommande par exemple « la fermeture administrative pour troubles à l’ordre public envers des établissements suspectés de pratiques discriminatoires par des testings probants » ; « la convocation par les préfets des représentants des secteurs professionnels concernés afin de leur rappeler le droit à la non-discrimination et la volonté de l’État de le faire respecter » ; « l’élaboration de campagnes de communication gouvernementale contre la discrimination raciale » ou encore la « Mise en place de brigades de lutte contre le racisme et les discriminations raciales au sein des services enquêteurs.

L’association dénonce le fait que 0 plainte n’ait été déposée pour discrimination raciale en 2021. À l’issue de cette nouvelle nuit du testing, SOS Racisme note toutefois une évolution positive, mais dénonce la persistance de ce phénomène puisque malgré tout, près de 20 % des établissements testés commettaient ce délit. 

Si on peut se satisfaire que dans de nombreuses villes aucun établissement n’ait été épinglé, cela ne signifie pas que la discrimination à l’entrée des boîtes de nuit n’y soit pas pratiquée. « Nous restons vigilants et nous allons lancer des testings dans toute la région » préviennent par exemple Fabiola et Théo de Sos Racisme Lyon, ville dans laquelle aucun établissement n’a été pris en flagrant délit de discrimination le 3 mars.

Si les discriminations à l’entrée des boîtes de nuits ont légèrement diminué depuis la fin des années 1990, c’est sans aucun doute grâce aux nombreux testings menés par SOS Racisme. Ces campagnes sont également toujours des grands moments républicains au cours  desquels les testeurs font preuve de solidarité. Vous pourrez vous en rendre compte en regardant la vidéo.

L’équipe qui a participé au Testing de SOS Racsime le 3 mars à Lyon.
Gregory Fiori
Gregory Fiori
Ex-rédacteur en chef

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