Lyon : Johann Milani, le programmateur qui imposa les soirées Hip-Hop à la Part Dieu

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Johann Milani a imposé, en seulement quelques mois, un véritable rendez-vous Hip-Hop au Food Society. Ce lieu central géographiquement et désormais culturellement à Lyon accueille chaque mois de nombreuses soirées afro, rap, r’n’b. C’est le programmateur trentenaire qui gère ce chantier colossal pour la 3ème saison, et ce n’est pas prêt de s’arrêter. Rencontre avec un homme de terrains et de concerts.

Son parcours et l’arrivée au Food Society

Véridik : Quel a été votre parcours avant de travailler avec le Food Society ?

Johann Milani : J’ai un parcours un peu bizarre. Je n’ai pas fait d’études, j’ai été papa à 19 ans, j’habitais en Savoie à l’époque. Je n’avais pas de boulot et j’ai monté un studio graphique en 2007. Par ricochet, ce studio a bien marché et j’ai beaucoup travaillé avec des marques de ski notamment. Au bout d’un moment, j’ai trouvé que je tournais un peu en rond. J’ai décidé de prendre un bureau à Lyon, il y a dix ans déjà, alors que j’avais toujours l’entreprise en Savoie. Je me suis retrouvé dans une colocation de créatifs, qu’on n’appelait pas encore coworking à l’époque avec des tatoueurs, des graphistes, des architectes… Je voulais également avoir mon propre lieu ouvert sur l’extérieur pour d’autres événements et accueillir du monde. J’ai créé le premier tiers-lieu Sofffa, Rue Sainte-Catherine en 2015. J’ai pu connecter plein de personnes grâce à ce lieu, des chefs d’autres établissements dans Lyon qui m’ont placé auprès du Food Society à la programmation.

Véridik : Comment êtes-vous arrivé au Food Society ?

JM : J’ai la chance que le directeur du Food Society actuel était une personne avec qui je travaillais déja depuis longtemps sur d’autres sujets et qu’on a une relation de confiance. Il sait que je ne vais pas faire n’importe quoi et je lui fais confiance en retour. On s’est rencontré par le Sofffa et lui il est rentré comme associé au sein du Food Society. Il cherchait quelqu’un pour faire la programmation musicale. Moi, à l’époque, j’avais déjà bien connecté avec des gens de Lyon, on organisait pas mal d’événements au Sofffa des Terreaux. Il m’a invité à proposer mon projet dans ses grandes lignes il y a plus 3 ans, pendant la période des travaux du Food Society. Ensuite, je les ai accompagné sur le lancement du lieu et les campagnes de street-marketing. Enfin, je me suis occupé de leur programmation à l’année.

Johann Milani, au milieu du Sofffa Terreaux qu’il a co-fondé. Crédits : Tristan.

Véridik : En quoi consiste votre travail ?

JM : J’organise tous les événements qu’il y a là-bas. Je ne booke (programme en français, NDLR) pas directement les artistes. Je me suis positionné comme ‘bookeur de bookeurs. J’ai identifié des experts dans chaque domaine : le collectif La Ligue sur certains sujets, les gérants du Douala sur d’autres. Mais il peut y avoir aussi les comedy-clubs, la partie électro, du live avec Radio Nova… J’ai identifié ces acteurs et c’est à moi de leur confier des budgets. Par exemple, pour le travail que j’ai fait avec La Ligue et Plavace, je les ai booké mais après ce sont eux qui s’occupent de booker les artistes. Ce fonctionnement permet d’avoir un spectre assez éclectique et surtout, des vraies propositions culturelles. Ça va souvent plus loin que de mettre des DJ Sets.

Véridik : Comment est-ce que vous construisez la programmation du Food Society ?

JM : Je construis une programmation annuelle. J’essaye déjà de créer plus d’événements avec récurrence que des événements ‘one-shot’ (une seule fois, NDLR). Quand je travaille ma programmation, je fixe les grandes lignes directrice de l’année, qui me garantissent de toucher tous les publics. Les comedy-club ou les événements avec Nova que je budgétise à l’année par exemple. Une fois que c’est fait, je positionne des événements moins récurrents comme ceux avec le collectif ‘Art Feast’, ou des open-airs… Le plus gros danger, c’est de se laisser porter par les propositions que tu reçois au compte-goutte et de construire au fur-et-à-mesure. Comme ça, tu ne maitrises pas ton budget ni l’esthétique générale de ce que tu renvoies.

Véridik : Quel était le premier événement sur lequel vous ayez travaillé avec le Food Society ?

JM : Je construis une programmation à l’année, donc je ne suis pas rentré sur un seul événement. Quand j’ai commencé, ils m’ont donné le budget pour l’année. Le premier événement dont je me suis occupé c’était pour le lancement du lieu en Juin 2020. J’ai fait un petit festival de 3 jours avec l’idée de faire un condensé de la programmation qu’on allait retrouver le reste de l’année. On a fait « Thé à la Menthe » avec Art Feast, une soirée avec le collectif électro Super 5, une autre avec Radio Nova et le « Bal poussière ». On a fait des lives avec Marcus de Sounds of Beautiful, dans l’ambiance Soul/Jazz…

Le Food SOciety de jour, pouvant accueillir jusqu’à 2.000 places pour des événements. Crédits : Tristan.

Le renouveau de la nuit à Lyon

Véridik : Depuis votre lancement en Juin 2020, on ressent à Lyon une envie de faire la fête plus qu’avant. Comment percevez-vous les nombreuses autres entités qui créent des événements notamment dans le Hip-hop ?

JM : Ce serait très prétentieux de dire que c’est grâce au Food Society que l’événementiel rap s’est développé car ce n’est pas le cas. Quand on voit High-Lo (l’organisateur des concerts Hip-Hop, branche du groupe TotaalRez, NDLR), ils étaient là bien avant le Food Society, ils faisaient des trucs de dingue. Il y a aussi Arty Farty, qui organise les Nuits Sonores depuis longtemps. Par contre, on est un des acteurs qui contribue à ça.


Je pense que tous ces acteurs se sont rendus compte qu’il se passe plein de choses dans le Hip-Hop, qu’il y a un public ultra-demandeur et qu’à l’heure actuelle, si tu organises un événement avec une programmation cool, l’énergie elle pète ! Je pense que c’est lié à un mouvement global, pas uniquement sur Lyon, même grâce à des artistes de plus en plus créatifs comme MadeInParis (présent au Food Society en Juillet 2022, NDLR). On sent que c’est en train de changer de prisme.

Véridik : Vous avez également mis le pied à l’étrier de nombreux artistes locaux, comme la DJ Lyonnaise Dehna.

JM : C’est surtout La Ligue qui lui a mis le pied à l’étrier, mais elle était encore là le week-end dernier. Ces soirées ont mis la lumière sur pas mal d’artistes lyonnais. Comme LAZULI, qui est en train d’exploser et qui a été lancée sur ces soirées-là ou avec Soixante Neuf Degrés au Sucre aussi. En tous cas, il y a une scène lyonnaise cool. Mais c’est vrai qu’avant, on ne voyait que les anciens plutôt isolés, comme Tedax Max et maintenant tu as des initiatives de jeunes qui expérimentent d’autres esthétiques, d’autres territoires, donc LAZULI fait partie.

Véridik : Lyon est presque devenu un tremplin régional avec le temps ?

JM : C’est vrai. Je ne sais pas trop comment l’expliquer. Pourtant, il y a plein d’initiatives à Marseille et Paris qui sont plus impressionnantes. C’est peut-être le moment de Lyon. À Marseille, le milieu événementiel est beaucoup plus underground que Lyon. La ville est plus éclatée, le milieu l’est également et puis ce sont des choses plus créatives qu’il faut vraiment connaitre. À Lyon, les acteurs qui font des soirées actuellement, ils sont plus ‘grand public’ : H7, le Heat, le Sucre… Ce ne sont pas des soirées underground pour les connaisseurs, tout le monde en entend parler. Lyon rayonne car ce n’est pas réservé à un écosystème d’initiés.

Référence Hip-Hop malgré lui

Véridik : Quel était l’objectif à la création de ce lieu culturel ? Devenir une référence, un lieu incontournable ?

JM : Non, à l’époque on ne voulait pas que le Food Society soit un lieu central sur la culture Hip-Hop. On voulait que ce soit une référence pour sa proposition culturel gratuite au sens large. On avait le parti-pris de : ‘c’est un centre commercial avec tout ce que ça comporte, mais on va retourner cette idée-là et faire une proposition gratuite’. Surtout, l’idée première c’était d’amener une proposition pour des personnes qui ne sont pas venues pour ça à la base. C’est comme ça qu’on s’est retrouvé à faire une soirée avec des drag-queens et il y avait des familles qui passaient, qui revenaient de Foot Locker et qui se sont retrouvées entourées de drag-queens. C’était bienveillant des deux côtés et ça s’est super bien passé. Alors que ce sont deux mondes qui ne se rencontrent pas.

Soirée Draq-queens au Food Society.

Véridik : Vous faites figure de référence en matière de concert Hip-hop. Comment ça s’est fait ?

JM : C’est vrai que le Hip-hop a pris une grande importance. En expérimentant les programmations, je me suis rendu compte que tout ce qui touchait à la street-culture marchait beaucoup plus que ce qui était de l’ordre de la culture alternative, électro. C’est pour ça que le comedy club fonctionne aussi : c’est le même public que les soirées Afro ou Hip-Hop qui cartonnent. C’est une façon de ne pas renier la clientèle du centre commercial, d’être en phase et de ne pas s’en cacher. Au début, je n’ai rien demandé à personne, on m’a toujours fait confiance. On m’a donné un budget et j’avais carte blanche. Ils se sont aperçus que ça marchait. Pour eux, du moment qu’il y a du monde et que ça marche bien : continuons !

Soirée Rooftop sur la terrasse du Food Society en Juillet 2021.

Véridik : Les soirées Hip-Hop sont devenus des rendez-vous, presque, attendus ?

JM : Oui, franchement on fait plus de 2.000 personnes à chaque fois, c’est trop chouette. On est dans une optique de la conserver mais surtout de le pérenniser. De se dire : plutôt que d’avoir plus d’emmerdes ou quelque chose qui se perd, on veut mettre un modèle qui dure dans le temps où tout le monde s’y retrouve, le lieu y compris. Ça permet aussi de le dupliquer dans le temps car si on ne trouve pas, maintenant, ce modèle-là, le risque c’est qu’un jour Unibay-Westfield (le groupe commercial propriétaire du centre-commercial la Part-Dieu, NDLR) nous dise c’est terminé parce que ça ne rapporte pas assez ou que ce n’est pas sécurisé.

Véridik : Est-ce que l’intérêt est toujours le même depuis 3 ans que vous avez lancé le concept ?

JM : Pour les soirées Hip-Hop, on s’aperçoit que ça diminue un peu. Pour les premières soirées, on voyait que c’était bienveillant, qu’il n’y avait pas de problèmes. Là, on sent que d’être gratuit à cet endroit de Lyon, avec une récurrence sur ces soirées, on a plus de mal à les sécuriser. Ça fait partie des challenges qu’on a. Il y a de plus en plus de gens qui ne viennent ni pour la proposition ni pour la fête mais uniquement pour gratter quelque chose de gratuit.

Soirée organisée par le collectif PLAVACE au Food Society en Juillet2022. Crédits : Tristan.

Une programmation gratuite en 2023 ?

Véridik : Comment est-ce qu’on arrive avec une programmation gratuite sur des événements comme ceux-là ?

JM : C’est moi qui ai décidé de la gratuité des événements. Sur cette partie programmation, les représentants du Food Society sont venus vers moi en me disant ‘on ne sait pas faire, on te donne tant d’euros, tu te débrouilles’. Pour moi, on ne pouvait pas faire quelque chose dans un centre-commercial, qui est un peu le temple de la consommation, et mettre une entrée payante. Si on veut que les artistes viennent et qu’il y ait une proposition forte, il fallait une contrepartie gratuite.


Mon plaisir, c’est d’avoir Kurtis Harling, Kerchak, un show de drag-queen et tout ça en gratuit. Il n’y a qu’un centre-commercial qui peut le proposer. C’est ce que je retiens. Le jour où on m’a proposé de faire de la programmation dans un centre-commercial, j’y suis allé parce qu’il y avait une rémunération à la clef. Maintenant, je me dis que c’est cool, il y a une vraie démarche.

La venue de l’artiste parisien Kerchak au Food Society a rassemblé plus de 2.000 personnes en Janvier dernier. Crédits : Tristan.

Véridik : Est-ce que cette gratuité a des limites ?

JM : Pour les derniers événements qu’il y a eu avec Afro Kult et La Ligue, on s’est rendu compte qu’il y avait énormément de monde qui ne consommait pas, mais nous on a besoin de ça ! Si on fait une entrée gratuite mais que personne ne consomme, le lieu ne s’y retrouve pas. Donc pour les deux dernières soirées, on n’a pas fait d’entrée payante mais une conso’ obligatoire. À l’entrée, tu achètes un ticket qui revient à deux consommations en boisson et quand tu vas au bar tu donnes tes tickets et ça t’y donne droit. On considère que c’est légitime : tu viens dans un endroit, tu vois un artiste qui est quand même cool, qui pèse. Au minimum, en retour, prends un coca ou une bière, c’est pas déconnant non plus (rires). On aura ce fonctionnement à chaque soirée Hip-Hop désormais.

Véridik : Est-ce que le modèle reste viable malgré ce manque à gagner ?

JM : Je ne suis pas associé, je n’ai pas accès aux comptes. Tu as le prix du cachet d’artiste, les ingé son, la location du matériel, 12 agents de sécurité pour une soirée Hip-Hop… Puis tu as 100 salariés au Food Society qui font tourner les kiosques à nourriture. C’est une grosse machine. Je pense qu’ils sont conscients qu’ils ne retombent pas sur leurs pattes. Mais ils sont également très conscients de l’endroit où ils se trouvent, et que s’ils enlèvent l’aspect événementiel et culturel, ça devient juste un food-court de centre-commercial qui n’aura plus la même identité non plus. Le challenge avec l’événementiel ce n’est pas de devenir rentable, c’est de ne pas trop perdre.

Le Food Society de jour, entre midi et deux, accueille davantage de familles et de groupes venus se poser pour manger et boire. Crédits : Tristan.

Véridik : Est-ce que ce phénomène est uniquement lié aux soirées Hip-Hop ?

JM : C’est très lié au public Hip-Hop, qui consomme moins. C’est un peu discriminant car sur une soirée électro, je ne fais pas ce genre d’entrée avec conso obligatoire. Ne serait-ce que parce que culturellement tu as pas mal de personnes qui ne consomment pas forcément d’alcool. C’est complètement respectable, mais par A + B, à la fin de l’événement, tu n’as plus de quoi payer l’artiste.

Véridik : Récemment, il y a eu des événements hybrides comme celui organisé par Gambetta TV et legrostasdezik. Vous avez pour objectif de développer ces événements ?

JM : J’aimerais bien. La semaine prochaine, on refait un « Bal poussière » avec Radio Nova. Typiquement, ça attire moins de monde. Alors que pour le coup, c’est plus qu’un showcase, on a un vrai live avec des musiciens, deux ingé son, une location de matériel, de la back-line, le cachet de 5 artistes : en terme de frais c’est costaud. On sait que la clientèle ne sera pas énorme, 15/20 mecs. Mais, on le fait quand même, car c’est important d’avoir cette proposition éclectique et ne pas être que dans des événements qui sont là pour faire de l’oseille. C’est en faisant de genre d’événement où on perd de l’argent qu’on garde une forme de crédibilité. Sinon, tu tombes dans la facilité et on va faire que des showcases de Vegedream qui ramènent 3.000 personnes. C’est cool une fois, mais quand tu fais ça tous les week-ends, il n’y a plus vraiment d’intérêt. Il faut qu’on s’impose de faire des événements qui ne sont pas rentables, des trucs avec grostasdezik et Driver, avec Nova.

Le Food Society accueillait en Janvier dernier le rappeur et journaliste Driver pour une conférence. Crédits : Tristan.

Véridik : À Lyon, dans ce développement, est-ce que vous pensez qu’il pourrait exister d’autres ‘Food Society’ sur le modèle ?

JM : Sur le Hip-hop en gratuit, je ne pense pas. Il y a quand même une jauge de 1.600 personnes. Hors salles de concerts, ça n’existe pas ailleurs à Lyon. En plus de ça, ça fait pas loin de 3.000 mètres carrés avec une source de rentabilité dedans : un bar, 10 restaurants… Des lieux comme ceux-là, tu n’en as pas d’autres. C’est cette configuration-là, qui permet d’avoir un modèle qui finance toute cette programmation gratuite. Quand je vois qu’au Food Society, on ne rentre pas dans nos frais. Sur un lieu plus petit, je ne vois pas comment c’est possible. Les seuls autres lieux plus grands qui pourraient le faire ce sont des salles de concerts, et ils n’ont pas cette source de rentabilité immédiate.

Le Rooftop : facteur X

Véridik : Il y a également le Rooftop le toit du centre-commercial qui vous identifie. Comment cet espace a été pensé ?

JM : Ce n’est pas le rooftop du Food Society, c’est le rooftop d’Unibay-Westfield. Ils nous l’ont mis à disposition un an, ce qui nous a permis de faire des événements, mais il est très dur à exploiter. On va l’avoir pour des open-air jusqu’en Juin, mais après ce ne sera plus le Food Society qui l’utilisera.


Les soirées rooftop, je les ai imposé. J’ai eu la chance qu’ils me fassent suffisamment confiance pour me laisser faire tout seul. Au final, quand le Food Society a vu le résultat, ils ont kiffé. Même Unibay-Westfield, de voir cette clientèle-là sans bagarres, sur une nouvelle aile qu’ils venaient de lancer : c’était une super communication. Un rooftop, à cet endroit de Lyon, avec cette esthétique-là et cette ambiance : c’est trop cool. Surtout que les gens à Lyon n’étaient pas habitués à cette expérience-là, à cet endroit de la ville. La capacité était de 300 personnes.

Soirée Rooftop de la Ligue au Food Society avec l’artiste Made In Paris. Crédits : Tristan.

Véridik : Si le rooftop va être un peu en retrait, est-ce qu’il y a un lieu qui va au contraire être davantage mis en avant ?

JM : Oui, la terrasse extérieure. On avait une grosse baraque bleue qui faisait des pizzas avant. On l’a démonté et il y a un plus gros espace. On va pouvoir faire davantage de choses, sachant qu’on va avoir moins de problèmes de voisinage au niveau du bruit vu qu’ils ont construit un nouvel immeuble. On est dans une enclave où il y a moins d’habitations, à part l’hôtel mais ce n’est pas le vrai soucis. C’était surtout les grandes barres d’immeubles avec qui on avait du vis-à-vis, mais maintenant, il n’y a plus de soucis. Sur cette terrasse, on va faire plus d’événements. On doit faire pas mal d’open-airs d’ici l’été. On en fait un avec Art-Feast avec l’artiste Terence Parker, un DJ house de Chicago, un autre après puis un gros pour la Fête de la Musique mais je ne peux pas en dire plus.

Développement personnel et business

Véridik : Qu’est-ce que vous souhaitez développer au Food Society sur cette année 2023 déjà bien entamée ?

JM : Sur l’année qui arrive, l’objectif c’est d’intégrer des événements conviviaux, familiaux. On va faire des blind-tests de clips certains mardi. C’est moins engagé, mais le lieu a besoin de ces moments-là, des petits formats moins festifs pour que tout le monde s’y sente bien aussi. Il ne faut pas qu’on devienne un club. J’ai tendance à réduire le budget Hip-Hop. Parce que mon enjeu c’est qu’on soit toujours considéré comme un lieu éclectique. Il y aura toujours du Hip-Hop mais je ne veux pas qu’il y ait que ces événements-là qui marchent. J’aimerais bien faire d’autres choses pour les familles par exemple. Je ne veux pas qu’on soit qu’un lieu festif, car en réalité le Food Society reste un Food-Court (concept de regroupement de restaurants conviviaux et rapides, NDLR). Je veux qu’on s’adresse à tout le monde. On veut que les familles qui viennent se sentent toujours aussi bien et que le Food Society ne soit pas identifié ‘Soirées Hip-Hop’,excluant pour les autres. Pour cela, on a créé les dimanches brunch/Afro-Jazz, quelque chose de moins engagé mais plus convivial.

Soirée Afro-Jazz au Food Society Lyon.

Véridik : Est-ce que c’est envisageable que vous travailliez avec un autre centre-commercial comme celui de Confluence par exemple ?

JM : Je travaille déjà là-bas. J’ai organisé l’événement « Punchlines Worldwide » il y a deux mois. C’était une exposition autour du langage, du graffiti qui a duré un mois. C’était un premier pied là-bas, j’espère qu’on va y faire des trucs cool, il y a un gros challenge ! Ça va être plus compliqué qu’au Food Society, parce qu’à Confluence il n’y a pas UN lieu qui centralise tout. Mais on peut faire quelque chose de sympa avec l’eau à côté ou avec des bateaux. En juin on veut organiser un gros open-air notamment. Mais mettre du Hip-Hop là-bas, ça va être compliqué. Mais après, Confluence est beaucoup moins ‘populaire’ et surtout moins fréquenté. Il n’y a aucune commune mesure avec la Part-Dieu, l’un des plus grands centre-commercial d’Europe en terme de fréquentation. Mais on s’est aperçus lors de l’événement « Punchlines Worldwide » et notamment au cours de la soirée rap avec El Bobby qu’on avait du travail.

Le développement et le regard tourné vers Paris

Véridik : Est-ce que vous envisagez de développer le concept du Food Society hors Lyon ?

JM : Il y a Food Society Paris maintenant, qui est plus grand que celui de Lyon. Ils ont une programmation qu’il faut développer également. Pourquoi pas envisager des passerelles entre les deux villes, ce qui n’est pas du tout le cas pour l’instant. On pourrait également mutualiser les coûts : booker un artiste sur deux scènes, ça pourrait être intéressant. Sachant que de par leur réseau, ils font moins de Hip-Hop de base. Le programmateur, il ne veut pas explorer cette esthétique, mais il est en place, il arrive à choper des noms qu’on ne pourra jamais choper nous à Lyon dans d’autres styles. En DJ Set, il a invité Busy P, le mec qui a lancé les Daft Punk ou le DJ français Lewis Ofman le jour de l’ouverture par exemple. Des choses plus pop-électro mais ce sont de gros noms.

Véridik : Est-ce que ça collerait avec l’identité de Lyon si vous arriviez à les ramener ici ?

JM : Je pense que tout collerait avec l’identité de Lyon. Il y a des collectifs que j’adorerais ramener à Lyon comme La Créole, une ambiance vogging. Des esthétiques purement parisiennes qu’on ne peut pas développer encore ici.

L’esthétique « purement parisienne » du Food Society Paris.

Véridik : Est-ce que vous aimeriez, personnellement, travailler sur la programmation Hip-Hop de Paris ?

JM : J’ai essayé de le faire, notamment en essayant de placer La Ligue à Paris. Ils auraient préféré que ce soit plus niché (rires). C’est le plus drôle. Beaucoup de bookeurs ont peur de ne pas arriver à sécuriser les lieux. Quand tu as de grands lieux avec plein d’entrées différentes qu’il faut sécuriser et que tu mets 12 agents de sécu, pas de simples agents d’entrée de magasin, c’est lourd. Un lieu à Paris qui est deux fois plus grand, tu dois mettre le double. J’aimerais dire qu’il n’y a pas besoin d’autant de sécurité ! Et le pire c’est que le problème, ce n’est vraiment pas le public qui vient pour la soirée. La problématique ce sont vraiment les gens qui entendent de la musique, qui voient de la lumière et qui passent. Si tu n’as pas d’agent de sécu, ça peut mal finir. Ceux qui viennent juste pour kiffer les artistes, ce seront eux les premiers pénalisés par ça. C’est un peu triste, mais tu n’as pas le choix.

Tristan Alexandre
Tristan Alexandre
Journaliste à Lyon

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